Par Bérénice Geoffroy-Schneiter
Introduction
On connaît le génie d’Yves Le Fur pour concocter des expositions aux allures d’expérimentation esthétique. Dans le cadre de la deuxième édition de Photoquai (la biennale des images du monde entier orchestrée par le musée du quai Branly), une promenade visuelle et ludique tout à la fois a ainsi été proposée aux visiteurs du pavillon des Sessions du Louvre. Le dispositif scénique était simple : confronter une série de portraits photographiques issus des collections du musée avec les chefs-d’œuvre sélectionnés par le regard infaillible de Jacques Kerchache. Loin d’être réduits à leur seul statut de document ethnologique, ces clichés pris par des anonymes, des voyageurs, des ethnologues (Claude Lévi-Strauss, Jacques Soustelle…), voire des photographes célèbres (Henri Cartier-Bresson, Pierre Verger…) bousculaient ainsi le regard, et tissaient un dialogue inédit avec les statues « iconiques » auxquelles ils faisaient écho. « Davantage qu’une exposition, c’était une ponctuation », résume ainsi Christine Barthe, qui veille amoureusement sur les fonds des collections photographiques du musée du quai Branly et a assisté Yves Le Fur dans cette opération délicate de mise en abyme, pour ne pas dire de « mise en regard ». Ici, une maternité dogon voisinait avec un cliché du XIXe siècle pris par le géographe et botaniste Roland Bonaparte (une femme indienne et son enfant) ; là, un korvar océanien dialoguait avec un très beau portrait réalisé, dans les années trente, par le photographe français Georges Geo-Fourrier (une jeune Africaine détournant son visage et offrant le même angle de vue, véritable « métaphore de la destinée », selon les propres mots d’Yves Le Fur).
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