Magazines - Tribal Art Été 2011
Le sacre des Dogon au quai Branly
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Par Bérénice Geoffroy-Schneiter, rédactrice en chef pour l’Europe de Tribal Art magazine.
Introduction Il est des expositions auxquelles on se rend comme à un rendez-vous amoureux. Avec un doux mélange d’excitation et d’angoisse. Et si la longue attente allait être déçue ? Dans le milieu des amateurs et des collectionneurs d’art africain, la remarquable exposition qui se tint au musée Dapper, à Paris, en 1994 est restée dans toutes les mémoires. Conçue déjà par Hélène Leloup, elle alignait des forêts de Tellem d’une rigueur implacable, des cohortes de cavaliers d’une dignité hiératique, et ces piliers de toguna dont la force vigoureuse contredisait les clichés trop longtemps accolés à la statuaire de cette région. Qu’allait donc pouvoir réinventer le musée du quai Branly moins d’une vingtaine d’années pus tard ? En pénétrant dans la grande salle en rez-de-jardin du musée, l’impression est saisissante. Plongée dans une lumière ocrée évoquant les premiers rayons du soleil caressant la falaise de Bandiagara, une série de vitrines dessine un parcours tant chronologique, géographique, qu’esthétique. Si le propos d’Hélène Leloup peut apparaître, de prime abord, résolument plasticien (redéfinir avec l’œil qu’on lui connaît la kyrielle de styles qui ont éclos au cœur du plateau dogon du Xe siècle jusqu’à nos jours), l’intention historique n’est pas moins ambitieuse. Il s’agit, ni plus ni moins, de raconter les longs flux migratoires qui se sont superposés au fil des siècles sur ce territoire autrefois luxuriant, qui constituait alors un refuge idéal pour les populations fuyant les guerres d’expansion territoriales, la montée grandissante de l’islam, voire plus prosaïquement les famines. |


