Magazines - Tribal Art Été 2011
Enquête autour d’un crâne
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Marianne Pourtal Sourrieu, responsable du Musée d'Arts Africains, Océaniens, Amérindiens de Marseille.
Introduction Des crânes du monde entier alignés, dans une semi-obscurité, accueillent le visiteur, dès son entrée, dans le musée d’Arts Africains, Océaniens, Amérindiens (MAAOA) à Marseille. Crânes d’ancêtres ou crânes trophées, surmodelés, peints ou gravés, tous proviennent de la célèbre collection Gastaut, un ensemble exceptionnel constitué par un homme passionné : le professeur Henri Gastaut (1915-1995). Cet éminent neurologue et grand collectionneur rassembla, entre 1955 et 1978, la plus importante collection privée au monde, autour du crâne humain, avant de s’en séparer, en 1989, en la cédant à la ville de Marseille. Dans cet ensemble, se trouve une pièce tout à fait excep- tionnelle, tant par sa qualité esthétique que par son histoire : un crâne provenant du Mexique dont la face est entièrement recouverte d’une mosaïque de turquoises ; un bandeau noir, constitué de petites tesselles taillées dans une pierre noire ressemblant à de l’obsidienne, orne le front et le menton ; les yeux sont soulignés par des cercles de coquillages. Sa forme allongée vers l’arrière évoque les déformations crâniennes pratiquées dans certaines civilisations de Mésoamérique. et le problème de son authenticité le poussent à rechercher des informations supplémentaires auprès de conservateurs de musées et grands collectionneurs. Sans référence précise, tous restent très prudents. Peu d’entre eux doutent de l’authenticité du crâne lui-même, avec sa déformation si caractéristique, mais personne ne s’engage sur celle de la mosaïque, qui en fait toute sa valeur. Questionnements et hésitations précèdent cet achat qui se concrétise en juillet 1964. Un spécialiste, connaissant ce crâne, lui assure l’authenticité des deux parties prises séparément : d’une part, le crâne proprement dit authentiquement déformé et, d’autre part, les pierres constituant la mosaïque d’époque préhispanique. « Le recollement des deux parties aurait été l’œuvre d’un habile restaurateur dans les années 1960. » |


