Propos recueillis par Bérénice Geoffroy-Schneiter, rédactrice en chef Europe de Tribal Art magazine.
Introduction
Très attendue par les spécialistes, l’exposition que consacre le musée du quai Branly aux masques et statues d’Afrique centrale est le fruit des longues recherches menées sur le terrain par François Neyt. Dans son essai récent intitulé « Fleuve Congo – Correspondances et mutations des formes », l’éminent historien de l’art belge souligne, en effet, les multiples affinités cultuelles et artistiques que partagent les diverses populations de langues bantoues. Dans cet immense territoire regroupant six pays (le sud du Cameroun, la Guinée équatoriale, le Gabon, le Congo-Brazaville, le Congo-Kinshasa et une partie de l’Angola) et représentant un tiers du continent africain, sont nées des modes de pensée et d’expression que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Sans doute la force prégnante de l’environnement (la forêt et ses opaques mystères) associée à la rencontre avec la culture pygmée (phénomène longtemps sous-estimé) explique en partie l’éclosion de ces formes qui, à l’aube du XXe siècle, séduisirent tant les collectionneurs et les artistes européens. Matisse en personne n’introduisit-il pas un masque kwele dans l’un de ses plus célèbres portraits ?
Associant enquêtes ethnographiques et minutieuses analyses stylistiques, François Neyt redessine ainsi avec finesse les contours de cette « koinè » culturelle en s’appuyant sur trois types d’objets : les « visages en forme de cœur » (masques et statues), les reliquaires et les figures d’ancêtres (cette section de l’exposition s’ouvrira par l’évocation d’un temple tsogho du Gabon), puis les représentations féminines propres aux royaumes de la savane.
Riche de quelque 170 œuvres (dont certaines empruntées à des collections personnelles ou à de grands musées), cette exposition pointue devrait néanmoins séduire le néophyte tant il se dégage de ces reliquaires fang ou autres masques punu une perfection faite de minimalisme et de dépouillement. Quelques jours avant le montage de son exposition, François Neyt nous a livré quelques réflexions sur son parcours et sur ces cultures qu’il a si bien approchées de l’intérieur…
Tribal Art : Dans quelles circonstances s’est effectuée votre première rencontre avec l’Afrique ?
François Neyt : Le plus simplement du monde. Je suis né à Jadotville en juillet 1939, dans ce qui s’appelait alors le Congo Belge. Mon père travaillait dans les Minoteries du Katanga. J’ai donc passé toute mon enfance en Afrique, avant de terminer mes études de lettres classiques puis d’histoire de l’art en Belgique. J’ai alors passé un doctorat sur les sources du monachisme à Gaza et publié ces textes dans la collection « Les Sources chrétiennes ». À Lubumbashi, j’ai été professeur de rhétorique dans un collège bénédictin et donnais quelques cours à l’université officielle du Congo de 1969 à 1972. Je suis ensuite revenu à Louvain-la-Neuve dans un monastère qui venait d’être fondé à Clerlande.
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