Par Floriane Morin
Introduction
Par où commencer ? En empruntant l’escalier périlleux qui mène à la réserve des céramiques africaines de la collection Barbier-Mueller. C’est là, balayant du regard ces ventres ronds et ces bouches béantes, effleurant des panses granuleuses, polies ou incisées, que je me suis, une première fois, posé cette angoissante question. Il faut dire qu’un étrange paradoxe saisit naturellement celui qui observe cet ensemble : le chaos initial, nourri de mille silhouettes et teintes imbriquées, de conversations fortuites entre figures et récipients victimes d’une brutale promiscuité, s’efface devant l’évidence. La terre d’Afrique, dont chacune des œuvres est l’enfant, apporte l’harmonie. La confusion laisse place à l’émerveillement. Pièces d’un extraordinaire puzzle géographique et temporel, à l’échelle d’un continent, les céramiques africaines de la collection vont, grâce à un ouvrage et une exposition, rendre un vibrant hommage à l’argile, leur essence même, façonnée par les mains de potiers démiurges.
Le défi de consacrer un ouvrage d’histoire de l’art africaine, non à une région déterminée ou une production artistique, mais à ce matériau élémentaire, universel, que constitue l’argile, fait partie des projets du musée restés quelques années en gestation avant leur concrétisation, temps nécessaire pour prendre pleinement conscience de l’incommensurabilité de cette thématique et mesurer l’avancée de la recherche.
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