Par Alex Arthur
Introduction
En 1958, Philippe Guimiot mit pour la première fois le pied sur le sol africain, engagé par la Commissariat à l’énergie Atomique français, pour diriger les services administratifs de la Compagnie des Mines d’Uranium de Franceville au Gabon, employant 1 500 travailleurs africains.
Né à Marseille en 1927, il passa son enfance en Provence puis son adolescence à Paris où il fit l’expérience difficile de la vie sous l’occupation allemande : il entra dans la Résistance et combattit dans les maquis et dans la première Armée Française. à peine adulte, mais fort de ce vécu, il reprit ses études après la guerre, se consacra au droit et s’engagea dans une vie qu’il trouva bien vite peu satisfaisante et ennuyeuse. Attiré par une petite annonce pour un poste au Gabon, un rêve ancien d’Afrique noire et son désir d’aventure firent le reste. « Dès l’atterrissage, j’ai réalisé que j’aimais instinctivement les Africains, l’élégance innée de leur gestuelle et leur prestance calme m’ont immédiatement ému. »
La relation franche et ouverte qu’il entretenait avec le personnel africain fut saluée par les autorités, mais la situation politique dans la région – l’indépendance coïncidant avec la montée d’un nationalisme fervent– rendit la vie des Français libéraux de plus en plus difficile. Philippe Guimiot avait été introduit à l’art africain par son ami le Dr Jean-Claude Andrault, personnage très respecté pour son dévouement. Il finit par prendre la décision de quitter son poste pour partir à la recherche de ces masques et statues dont son ami lui avait révélé l’existence. Il suivit les pistes forestières du Gabon et du Congo Brazzaville, vivant avec les populations locales qui se révélèrent très accueillantes, et d’une aide précieuse. Il réussit à trouver quelques pièces intéressantes, mais ne disposant pas de moyens suffisants, il fut contraint de les vendre afin de continuer sa quête. Sans même s’en rendre compte, il était devenu un marchand d’art.
Après deux années de recherche au Gabon, au Congo-Brazzaville et en Angola, Philippe s’installa finalement au Cameroun où il ouvrit l’une des premières galeries d’arts premiers du continent. Avec cette nouvelle base, située à Douala, il commença à développer un réseau de rabatteurs locaux, qui partaient chercher des objets allant des pièces de cour des palais royaux du Cameroun à des œuvres aux formes inconnues provenant du nord du Nigeria. Cette galerie camerounaise lui permit de faire de nombreuses rencontres. Jacques Kerchache, par exemple, vint lui rendre visite et ils décidèrent de s’associer pendant deux ans, idée particulièrement féconde, qui leur permit de se placer au premier plan dans la découverte de l’art des Mama, Mumuye et autres Chamba. Il rencontra également plusieurs marchands étrangers qui lui rendirent visite, dont Aaron Furman, Christian Duponcheel, Pierre Dartevelle et Michel Huguenin. En 1971, il rencontra le jeune Marc Félix avec lequel il travailla en étroite collaboration pendant quelques années.
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