Par Elena Martínez-Jacquet
Introduction
Marcel Griaule rêva la Mission ethnologique et linguistique Dakar-Djibouti en Éthiopie, lors de ses recherches dans le Godjam en 19281. Ce lien intime avec le terrain semblait prédestiner cette expédition à devenir « la première grande aventure ethnologique française », comme l’a souvent qualifiée la littérature.
Le 19 mai 1931, la mission s’embarque à Bordeaux et met le cap sur Dakar, qu’elle atteindra douze jours plus tard. Marcel Griaule – directeur administratif et scientifique de la mission – est alors accompagné d’une petite équipe formée par Marcel Larget (chargé de l’intendance), Michel Leiris (secrétaire-achiviste), Jean Mouchet (linguiste), Eric Lutten (technologue) et Jean Mouffle. D’autres collaborateurs le rejoindront au cours du voyage : Deborah Lifschitz (orientaliste chargée de la collecte et de l’étude des manuscrits éthiopiens), Gaston-Louis Roux (peintre responsable des copies des peintures éthiopiennes d’Antonios), André Schaeffner (ethnomusicologue) et Abel Faivre (naturaliste).
Pendant près de deux ans, l’expédition parcourt d’ouest en est le continent africain sur une distance de 20 000 kilomètres et traverse quinze pays, la plupart sous domination coloniale2. À son retour en France, le 18 février 1933, la mission dévoile un somptueux butin3 : trois mille six cents objets destinés aux collections du musée du Trocadéro, quinze mille fiches d’observation, six mille photographies de terrain, de nombreux enregistrements sonores et documents audiovisuels, entre autres.
Le succès de cette entreprise se mesure également à sa grande répercussion médiatique. Des informations s’y rapportant paraissent régulièrement dans la presse pendant toute la durée du périple. De même, l’exposition du matériel collecté au musée du Trocadéro, du 2 juin au 29 octobre 1933, est annoncée en grande pompe. L’invitée d’honneur n’est autre que l’envoûtante Joséphine Baker.
L’intérêt suscité par la mission Dakar-Djibouti a transcendé son époque et le territoire français. Pour preuve, l’exposition récente du Museu Valencià de la Il.lustració i la Modernitat de Valence, en Espagne4 intitulée La mission ethnographique et linguistique Dakar-Djibouti et le fantôme de l’Afrique qui proposait une réflexion admirablement documentée et mise en scène sur le contexte colonial de l’entreprise et l’élaboration des méthodes scientifiques de l’ethnologie française.
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