Par Roger Boulay
Introduction
C’est l’amiral Bruny d’Entrecasteaux, parti à la recherche de La Pérouse, qui rapporta l’existence de cet étrange objet à l’Occident1. D’Entrecasteaux stationna du 17 avril au 9 mai 1793 dans le havre de Balade. Son séjour, plus long que celui de Cook, en septembre 1774, lui permit de voir autre chose que des massues et des sagaies telles qu’en collecta sur la plage son illustre prédécesseur. D’Entrecasteaux se vit proposer un objet qui jeta le trouble dans les tentatives de description. Pour finir, on lui découvrit quelque ressemblance avec l’ostensoir du culte catholique destiné à la monstration de l’hostie consacrée, si bien qu’on lui attribuât cette dénomination qu’il n’abandonna plus jamais. Quelques jours plus tard, les officiers purent échanger plusieurs exemplaires de cet objet convoité. C’est dire l’empressement des Kanak à se rendre favorables ces diables blancs équipés de canonnières.
Jacques-Julien Houtou de La Billardière, le naturaliste du bord, nota le nom que les indigènes lui donnaient : n’bouet, terme qui, dans la langue locale de Balade, le nyelâyu, désigne tout simplement le casse-tête2, sans pour autant préciser ses caractéristiques très particulières qui n’ont guère à voir avec une massue ordinaire (fig. 2).
La hache ostensoir est, pour l’essentiel, constituée d’un disque tiré d’une variété locale de jadéite attaché par des liens de rotin (Smilax sp.) à un manche de bois recouvert d’étoffe d’écorce battue retenue ou embobinée par des cordonnets de poils de roussette teints en rouge3, d’un emmanchement délicatement orné, le tout étant dressé et lié sur un embasement réalisé avec la coque d’une demi-noix de coco. Le tapa retient dans celle-ci, par un savant laçage de ces mêmes cordonnets, des petits cailloux la transformant en grelot fort efficace lorsque l’orateur qui l’exhibe la secoue pour ponctuer ses paroles.
L’ornementation de l’emmanchement est toujours soignée. Il est soit sculpté d’un visage bifrons et orné de sparteries4, soit uniquement orné d’un entrecroisement de sparteries d’une grande finesse, semblables à celles que l’on voit sur les têtes des monnaies de coquillage (adi) et sur les plaquettes de bambou fixées aux sagaies de cérémonie5.
Le tout est agrémenté de pendeloques de coquillages (Oliva, Ovula et Natica sp.) dont la blancheur souligne le rouge lie-de-vin des passementeries en cordonnets de poils de roussette, jusqu’au laçage du dessous de l’embase qui est l’objet d’un soin tout aussi poussé que celui que l’on admire dans les entrelacs fidjiens ou sur les fixations des lames des herminettes aux îles Cook.
L’embase n’est pas destinée à servir de pied à l’ensemble, le poids de la pierre et la légèreté de ce supposé support ne permettant, en aucun cas, de maintenir la hache posée. Celle-ci est absolument et uniquement destinée à être brandie.
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