Par Bérénice Geoffroy-Schneiter
Introduction
Le sujet pourrait paraître banal, pour ne pas dire facile… Mais sous la houlette de Christiane Falgayrettes-Leveau, sa directrice, l’exposition du musée Dapper, à Paris, décline l’Éternel Féminin du continent africain, sous toutes ses facettes : rituelle, anthropologique, esthétique. Des sensuelles maternités aux altières effigies de reines, des masques d’initiation aux multiples accessoires de la parure, la femme apparaît omniprésente. Dans un monde contrôlé par les hommes, elle se faufile comme un contrepoids inévitable, respecté, voire craint… À travers quelque cent cinquante pièces – dont des prêts exceptionnels consentis par les musées de Tervuren, d’Anvers, de Munich ou Zürich–, le visiteur découvre ainsi l’extraordinaire éclectisme de styles et de pratiques suscités par ce thème, qui a donné naissance à des créations plastiques d’une rare virtuosité…
Les jambes arquées, le buste ponctué de deux seins vigoureux, la tête tournée vers le côté, elle irradie de sa présence toute la première salle de l’exposition… On a beau la connaître pour l’avoir vue maintes fois reproduite et même exposée, la statue bangwa du musée Dapper (fig. 3) résume, à elle seule, l’ambivalence que porte en elle toute représentation de femme sous l’herminette des sculpteurs africains. Nulle coquetterie frivole, encore moins de sensualité aimable chez cette figure dont l’invention plastique le dispute à l’énergie. On est ici loin du profane, mais bien plutôt dans le domaine du pouvoir et du sacré. Lorsqu’à la fin du XIXe siècle, Gustav Conrau collecta cette sculpture dans l’extrême ouest du pays Bamileke, chez les Bangwa occidentaux, cette magnifique effigie avait ainsi reçu le prestigieux titre de njuindem, « femme de dieu » : soit une prérogative très rare accordée aux mères de jumeaux qui passaient pour détenir des facultés de divination et des pouvoirs importants liés à la fertilité. C’est donc dans ce sens qu’il convient d’interpréter ces accessoires du rituel que sont ce collier de perles en dents de léopard (qu’elle arbore au même titre que le roi et que quelques serviteurs triés sur le volet), ces multiples bracelets et parures de cauris, ce hochet destiné à convoquer les esprits de la terre. Mais au-delà de la lecture symbolique, le regard ne peut que s’attarder sur l’extraordinaire torsion opérée par ce corps, saisi entre danse et possession. Point de hasard si cette sculpture fascinante passa entre les mains des plus grands collectionneurs, de Charles Ratton à Helena Rubinstein, qui n’hésita pas à poser sous l’objectif de Man Ray aux côtés de sa somptueuse pièce…
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