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Magazines - Tribal Art Printemps 2010
Autres maîtres de l’Inde
Par Bérénice Geoffroy-Schneiter
Introduction
Présenter dans une même exposition et sous une même bannière des objets ethnologiques (textiles et parures naga, bronzes d’Orissa, sculptures et masques du Karnataka…), des productions d’artistes désormais célèbres appartenant aux populations indiennes dites « Adivasi » (« les premiers habitants » en sanskrit) ainsi que des commandes spécifiquement réalisées pour le musée du quai Branly, tel est le pari audacieux – et même risqué avanceront certains – que tentera de relever la manifestation sobrement baptisée Autres maîtres de l’Inde. Un titre qui en dit d’ailleurs long sur la nouveauté du propos, tant le regard que l’Occident porta sur le subcontinent se contenta pendant des siècles de colporter une imagerie aussi fantaisiste que rebattue : bayadères alanguies telles de voluptueuses odalisques, fakirs enturbannés à la trogne farouche, temples hindous perdus au cœur de la jungle sur fond de cérémonies orgiaques et sanglantes…
Loin d’adhérer à cette vision « exotique » (même si des gravures et des photographies soulignent en préambule les stéréotypes associés aux représentations des Adivasi), le musée du quai Branly préfère interroger la notion même de création artistique en bousculant les catégories et les repères. Oubliés les statues canoniques de Shiva et de Vishnou, les miniatures mogholes ou les chromos bollywoodiens ! L’Inde que présente le quai Branly est celle des artistes des marges, des « hors caste » qui perpétuent, à des kilomètres des mégalopoles enfiévrées de New Delhi ou de Bombay, leur langage traditionnel et la mémoire de leurs rites et de leurs ancêtres. Les choses ne sont pas si simples cependant, et bien des visiteurs risquent d’être surpris, voire désarçonnés…
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