Par Louis T. Wells
Introduction
à mon arrivée à Monrovia en 1967, René Guyot, joaillier suisse expatrié, m’initia à l’art africain. La majorité des plus belles œuvres d’art du Liberia et de Sierra Leone, aujourd’hui en mains privées ou dans des collections publiques, ont transité par ces expatriés qui font le sujet de cet article. Même si j’ai essayé d’être aussi exhaustif que possible, il reste encore certains collectionneurs importants à identifier et je m’excuse d’avance auprès de ceux que j’aurais omis de mentionner. J’espère cependant que cet article fournira une base significative quant à la documentation des provenances pour l’art de cette région.
À cette époque, Monrovia accueillait de nombreux étrangers, dont quelques personnages mystérieux. On me conseilla notamment de ne pas poser de questions quant aux agissements de certains pendant la Seconde Guerre mondiale. Quelques-uns s’adonnaient au trafic de diamants issus de Sierra Leone et bien des Américains travaillaient pour la Voice of Americaa et les postes de transmission de la CIA. Le Liberia avait aussi attiré un certain type d’« intermédiaires » de l’ombre qui soudoyaient les officiels pour obtenir des mines, des plantations et d’autres concessions dans le but de les revendre à de solides investisseurs. On comptait également des diplomates et des techniciens, spécialistes des mines ou des plantations, mais aussi des entrepreneurs arabes et européens de moindre envergure. On rencontrait, sur l’ensemble du territoire, des anthropologues, des missionnaires et un large contingent de volontaires des Peace Corpsb.
Dès les années 1930, des indigènes libériens apportaient secrètement, la nuit, des masques et d’autres artefacts au docteur missionnaire George Harley. En 1967, les « Charlies » (revendeurs) africains proposaient leurs trésors dans les rues ou sur le seuil des maisons. Des pièces issues des pays limitrophes – plus particulièrement de Sierra Leone – se retrouvaient également à Monrovia du fait de la présence d’étrangers, de l’usage du dollar américain et du manque de contrôles sur l’exportation.
Alors que la plupart des expatriés acquéraient des objets touristiques, plusieurs collectionneurs sérieux ne sélectionnaient que des pièces authentiques, encourageant les revendeurs à leur réserver la primeur de leurs trouvailles. Ils revendaient les pièces qu’ils ne voulaient ou ne pouvaient garder, franchissant insidieusement la frontière qui sépare le collectionneur du marchand. La plupart des collections qui furent rassemblées dans ces circonstances ont aujourd’hui
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