Propos recueillis par Bérénice Geoffroy-Schneiter
Introduction
Ils ne possèdent pas la puissance hiératique d’un reliquaire fang ou la stylisation extrême d’un masque dan ou sénoufo… Informes, croûteux, suintants, dégoulinants, à peine discernables sous leur gangue de salive, d’excréments et de sang, près d’une centaine de « fétiches » et autres « gris-gris » vaguement dégoûtants vont pourtant connaître la gloire éphémère d’une exposition au musée du quai Branly. Grâce à l’approche pertinente de Nanette Jacomijn Snoep, la commissaire, le public est invité à « regarder autrement » ces objets modestes relégués habituellement dans l’obscurité des réserves. Comme si notre œil contemporain habitué aux installations d’un Joseph Beuys ou d’une Annette Messager pouvait enfin appréhender pleinement leur énergie plastique, leur charge poétique. Échange de considérations sur ces « objets-poubelles », ces « oubliés des arts premiers »…
Tribal Art Magazine : Comment est née cette singulière exposition, la première consacrée à ce type d’objets généralement soustraits au regard et au jugement du public ?
Nanette Jacomijn Snoep : Dans le cadre de ma thèse, qui portait originellement sur les nkisi du Congo, je me suis d’abord intéressée à l’itinéraire de ces objets, à la façon dont ils étaient parvenus jusqu’à nous. J’ai donc visité de nombreux musées américains et européens, et notamment leurs réserves. J’y ai découvert une foule de ces petits gris-gris non figuratifs, informes, collectés principalement entre 1880 et 1920 par les missionnaires, les militaires puis les médecins. Face à ces agglomérats de matériaux organiques et parfois indéfinissables, j’ai décidé d’élargir le champ de mes recherches en tentant de percer la signification profonde de ces fétiches d’apparence si modeste et pourtant investis d’une si grande charge sacrée.
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