Par Bart van Bussel
Introduction
En septembre 2006, je me suis rendu sur une des îles de Nouvelle-Irlande, en Mélanésie, pour assister à une cérémonie malangan en l’honneur de Joel Picia, l’un des chefs de clan des îles Tabar, décédé quelques années auparavant. C’était un ami de mon père, Loed van Bussel, et je devais représenter ma famille lors des commémorations. Cérémonie ancestrale du souvenir, extrêmement complexe et ritualisée, le malangan est organisé pour les grands personnages de la société de Nouvelle-Irlande. Force est de constater qu’il connaît un certain déclin depuis quelques années.
Après plusieurs jours d’« errance insulaire » à la recherche d’un moyen de transport – mon premier batelier s’aperçut seulement à mi-parcours qu’il m’avait oublié à terre – je finis par débarquer à Tatau, l’une des quatre îles Tabar. Malgré les actions incessantes menées par les missionnaires catholiques, protestants et autres adventistes du septième jour, Joel Picia était un fervent défenseur des croyances et des valeurs traditionnelles de Nouvelle-Irlande. Après sa mort, la chefferie fut partagée entre Noah Lurang et son demi-frère, car les activités du premier – il gère une petite compagnie de transport sur l’île de Kavieng – le tiennent souvent éloigné de Tatau. Traditionalistes eux aussi, les deux chefs souhaitaient honorer dignement leur défunt prédécesseur.Le cycle malangan comprend trois phases : la première se déroule au moment du décès, plusieurs années auparavant, dans le cas de Picia, la deuxième a lieu quelques mois plus tard et la troisième consiste en un rituel plus long destiné à restaurer l’équilibre dans le monde des esprits et à résoudre les problèmes encore en suspens entre clans ou individus. Au regard des bouleversements actuels de la société traditionnelle, il est probable que ce malangan soit la dernière cérémonie de cette ampleur.
Les préparatifs
Malgré les retards qui avaient compliqué mon arrivée à Tatau, une fois sur place, je réalisai que j’étais en avance et que la cérémonie n’aurait lieu que quelques jours plus tard. Dans le village de Tatau, la petite communauté qui accueillait l’événement bourdonnait d’activité. Tout le monde s’affairait en vue du malangan. En réalité, les préparatifs avaient commencé plusieurs années auparavant, mais on passait désormais à la vitesse supérieure. Il fallait créer et barricader une aire rituelle près du cimetière du village, préparer des victuailles, rassembler les cochons dispersés dans l’île, mettre au point les chorégraphies des diverses danses qui seraient exécutées lors du rituel, réaliser les masques, les sculptures, les costumes et tous les accessoires nécessaires à l’événement qui se déroulerait deux jours durant.
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