Par Bérénice Geoffroy-Schneiter
Introduction
Il est des expositions aux allures de manifeste. Celle que le musée du quai Branly et le musée de Tahiti consacrent au patrimoine culturel et religieux de la petite île de Mangareva, au cœur de l’archipel des Gambier, procure ainsi une émotion rare, intense. Imaginez seulement une douzaine d’objets : certains modestes (un hameçon, un pilon, une lame d’herminette…), d’autres plus spectaculaires (des effigies de dieux et des supports d’offrandes) qui ne sont autres que les timides survivants d’une civilisation et d’un peuple bafoués, spoliés, dont la mémoire et les coutumes furent anéanties au milieu du XIXe siècle par une poignée de missionnaires européens. C’est précisément l’histoire de cette tragédie humaine et matérielle que racontent ces pièces dispersées de par le monde (de New York à Paris, en passant par Rome et Londres) et qui se trouvent enfin réunies, le temps de ces deux expositions éphémères, par Philippe Peltier et Tara Hiquily, leurs commissaires. Et le choc est à la mesure de l’événement. Au-delà du discours ethnologique (qui sont vraiment ces dieux, quelles étaient les fonctions originelles de ces effigies au cœur des rituels ?), c’est un véritable « canon mangarévien » qui se révèle au visiteur : redevable tout à la fois de l’esthétique polynésienne, mais parlant son propre langage, mélange subtil de naturalisme et de stylisation. Tribal Art magazine est parti sur les traces du passé de cette île mystérieuse, dont le joli nom aurait signifié « la montagne où pousse le reva », allusion à cette plante (le curcuma), promesse de plaisir et de fécondité…
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