Par Bérénice Geoffroy-Schneiter
Introduction
« Une exposition historique, un parcours sans faute, une audace et une liberté inouïes… » Le jour du vernissage officiel, le 24 janvier dernier, conservateurs de musées, galeristes, éditeurs et collectionneurs ne tarissaient pas d’éloges sur cette confrontation aussi électrique qu’enthousiasmante entre maîtres primitifs d’Afrique et d’Océanie et maîtres modernes de l’art occidental. Dans une muséographie aussi fluide que dépouillée, jouant de la transparence des vitrines comme de l’espace immaculé des cimaises, l’exposition de la Fondation Beyeler orchestrée avec brio par Oliver Wick, son commissaire, revendique haut et fort son caractère subjectif, audacieux et jubilatoire. Exit les citations littérales entre une toile cubiste de Braque ou de Picasso et un masque africain, les filiations revendiquées ou supposées entre une œuvre eskimo et un tableau aérien de Miro ! Loin de réitérer le propos de la mémorable exposition de William Rubin sur la genèse du primitivisme dans l’art moderne (qui s’est tenue au MoMA de New York, en 1984), l’exposition de la Fondation Beyeler joue sur les chocs esthétiques, les hiatus visuels comme les correspondances. Expérience constamment « sur le fil du rasoir », pouvant engendrer « sympathie » (au sens étymologique du terme) ou incompréhension, cette « installation éphémère » a, selon nous, l’immense mérite d’inverser les rapports de force entre arts premiers et art moderne, et de déplacer – enfin ! – le regard.
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