Par Elena Martínez-Jacquet
Introduction
Révéré de son temps pour sa vivacité d’esprit et la pertinence de ses jugements en matière d’art, Carl Einstein (1885-1940) sombra dans l’oubli pendant de longues décennies. C’est au cours de ces vingt dernières années que les textes critiques de l’auteur de Negerplastik (1915), premier traité dédié aux arts dits nègres, ont été traduits dans différentes langues et que le nom de Carl Einstein a rejoint celui des grands théoriciens de l’art et de la pensée moderne dont Walter Benjamin, Aby Warburg et Georges Bataille.
L’hiver dernier, le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid rendait hommage à cet éminent intellectuel, particulièrement engagé dans la promotion du cubisme et de la statuaire africaine. Le musée présentait L’invention du XXe siècle. Carl Einstein et les avant-gardes, une exposition internationale comprenant cent vingt toiles d’artistes comme Picasso, Braque, Gris, Miró et Otto Dix et près de quarante œuvres africaines publiées dans l’édition originale de Negerplastik. Cet événement appelé à faire date fut l’occasion d’une rencontre passionnante avec Manuel Borja-Villel, directeur du musée, et Uwe Fleckner, commissaire de l’exposition, rencontre dont s’inspire ce portrait d’un penseur visionnaire.
Un penseur de la modernité
Carl Einstein naquit en 1885 à Neuwied (Allemagne), au sein d’une famille juive. Il vécut à Berlin pendant ses années de formation, où il suivit des cours d’histoire de l’art, de philosophie, de langues anciennes et d’autres disciplines à l’université, avant de partir à Paris entre 1905 et 1907. Lors de ce premier séjour en France, il se lia d’amitié avec les principaux acteurs des avant-gardes, dont les cubistes et le marchand d’art Daniel-Henri Kahnweiler. Einstein participa au climat d’expérimentation du début du XXe siècle avec un anti-roman publié en 1912 sous le titre Bebuquin oder die Dilettanten des Wunders (“Bebuquin ou le dilettante des miracles”), un scénario pour le film Toni de Jean Renoir et de nombreux poèmes, dont certains furent publiés dans le recueil Entwurf einer Landschaft (“Esquisse d’un paysage”) établi en 1930 par Kanhweiler, illustré par Gaston-Louis Roux et édité par la Galerie Simon, Paris.
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