Par Antonio Aimi, journaliste spécialisé sur les cultures anciennes de Mésoamérique.
Introduction
Quelques décennies après la conquête, Garcilaso de la Vega el Inca décrivait dans ses Comentarios reales de los Incas les constructions et les temples de Cuzco en ces termes :
Dans chaque maison, on pouvait trouver des jardins et des vergers pour le plaisir des Inca. Ils plantaient toutes sortes de superbes et incroyables arbres, des parterres de fleurs mais aussi des herbes gracieuses et aromatiques, en fait, toutes les espèces existant dans leur royaume, reproduites en or et en argent, grandeur nature, qu’elles soient grandes ou petites, avec leurs feuilles, leurs fruits : ceux qui commençaient à bourgeonner et ceux qui étaient presque mûrs ou encore ceux qui étaient parfaitement formés… Il y avait aussi de grands et de petits animaux, également coulés dans l’or ou l’argent, tels des lapins, des souris, des lézards, des serpents, des papillons, des renards, des chats des montagnes, puisqu’il n’en existait pas de domestiques… Il y avait des oiseaux de toutes sortes… des cerfs, des daims, des lions et des tigres [pumas et jaguars] et tous les animaux terrestres ou aviaires qui peuplaient la terre.
On sait aujourd’hui que presque toutes ces œuvres d’art furent fondues à Cajamarca le 25 juillet 1533, alors que celles qui furent sauvées et envoyées en Espagne disparurent à la suite de l’incendie de l’Escorial en 1671. Il est cependant possible de revivre l’ambiance du palais impérial de Cuzco quand un musée ou une exposition présente suffisamment de pièces en or ou de bijoux pour nous permettre de replonger dans le monde décrit par Garcilaso. Par ailleurs, il a été démontré que le rôle de l’or fut partiellement sous-estimé par les chercheurs, en partie parce qu’ils redoutaient, peut-être avec raison, que l’archéologie se transforme malgré elle en chasse au trésor. Ces découvertes, de par leur beauté, sont considérées plus comme des bijoux que comme des preuves archéologiques. L’exposition Inca: origine e misteri delle civiltà dell’oro (Inca : origines et mystères de la civilisation de l’or) au Museo di Santa Giulia, à Brescia, en Italie, du 4 décembre 2009 au 27 juin 2010, a choisi de faire fi de ce préjugé en répondant à deux impératifs qui semblent a priori contradictoires : nous présenter la splendeur du Pérou telle que décrite par Garcilaso et nous proposer une approche scientifiquement rigoureuse des technologies métallurgiques préhispaniques. C’est ainsi que le public suit un parcours spectaculaire au cours duquel il découvre le ciel du Pérou, recréé, tel que le vit Atahualpa le 15 novembre 1532, quelques heures avant d’être capturé.
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