Magazines - Tribal Art Hiver 2007
Les mâts bis. Sculptures de la forêt tropicale
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Par Pauline van der Zee, conservateur des collections ethnographiques de l’université de Gand et spécialiste dans l’art asmat et kamoro. Écrit à l’occasion de l’exposition du même titre au Tropenmuseum d’Amsterdam, l’article constitue une approche à l’art des bis, l’une des créations les plus spectaculaires des Asmat de Papouasie Nouvelle-Guinée. Résumé : Les mâts sont fabriqués à l’occasion d’un festival bis ainsi que pour l’inauguration d’une nouvelle maison des hommes yeu du groupe habilité à les utiliser. Dans ce dernier cas, ils sont permanents, placés près du foyer, à l’intérieur des maisons des hommes où ils sont protégés du pourrissement. Mesurant entre quatre mètres cinquante et six mètres de haut, ils noircissent peu à peu à cause de la fumée du foyer et se retrouvent polis à leur base, là où s’appuient les membres du clan. On fait appel à ces esprits ancestraux avant le départ pour la chasse ou pour le combat. Conseillers et protecteurs, ils sont là aussi pour aider et assister au quotidien. La cérémonie bis rend honneur aux morts avant le départ de leur esprit vers le safan. Ces mâts mesurent de six à quatorze mètres de haut et sont à usage temporaire. Ils sont exposés, appuyés contre un échafaudage construit à l’extérieur de la maison des hommes. Après la cérémonie, ils sont posés à terre et transportés jusqu’aux plantations de sagoutiers où on les laisse se décomposer afin que la force vitale des ancêtres stimule la croissance des plantations. L’objectif le plus important de ces cérémonies est de s’assurer que les esprits des morts ne représentent plus aucun danger pour la communauté. La possibilité que l’esprit d’un mort puisse rendre visite aux vivants est source de crainte : pour tromper sa solitude, il pourrait vouloir prendre la vie d’un de ses parents. Ces rites rendent visibles ce qui autrement serait caché et, en conséquence, reste terrifiant. Les personnages sculptés sur les mâts donnent forme aux esprits qui sont ainsi conviés à la fête donnée en leur honneur et à leurs louanges et, en même temps, le peuple leur montre que leurs remplaçants sont dignes d’eux. Ils sont alors invités à quitter le village pour gagner le monde des ancêtres où ils obtiendront des pouvoirs surnaturels leur permettant d’aider les vivants. Le culte engendre ainsi le renouveau de la vie spirituelle et de la force vitale et le festival annonce l’« arrivée » d’une nouvelle génération. Dans la culture asmat traditionnelle, les festivals bis, les raids de chasses aux têtes et les cérémonies d’initiation se suivaient. La chasse aux têtes et la vie étaient intimement liées, cycle sans fin où la mort était une condition nécessaire au renouveau de la vie. Le moment de la rétribution dépendait des circonstances. Il pouvait arriver — selon diverses sources— lorsque les sculpteurs avaient presque fini de sculpter les ancêtres jusqu’à peu après l’achèvement du mât. Les chasses aux têtes avaient peut-être lieu un peu plus tard, au début d’un nouveau cycle de fêtes nao-pokmbui, quand il fallait des crânes pour l’initiation des jeunes gens prêts à succéder aux morts. Ainsi, négliger l’obligation de revanche, c’était empêcher le renouveau de la vie. Les musées ethnologiques hollandais avaient conscience que la pacification et la christianisation du territoire entraîneraient non seulement la fin de la chasse aux têtes mais aussi la fin des rituels associés, suscitant à son tour la disparition du style unique de sculpture asmat. Confrontés à l’inévitable, scientifiques et anthropologues entreprirent de collecter ces mâts, suivis des administrateurs qui se procuraient des sculptures lors de leurs déplacements officiels dans le district, ainsi que d’autres voyageurs, dont les membres d’une compagnie de bâtiments publics chargés de moderniser l’infrastructure locale. Ainsi s’explique l’importance des collections néerlandaises de mâts bis. |


