Magazines - Tribal Art Hiver 2007
L'art chrétien d'Éthiopie
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par Milos Simovic, commissaire et auteur du catalogue de l’exposition Daughter of Zion : Orthodox Christian Art from Ethiopia (Israel Museum de Jérusalem). Le dossier du Tribal Art 19 est dédié à l’art chrétien d’Éthiopie. Au fil de dix-huit pages, l’auteur y livre les clés pour comprendre la singularité de cette créations aux influences multiples. Introduction : La splendeur de l’Éthiopie est presque impossible à décrire. Les traditions artistiques toujours vivantes de ce pays à la forte identité, unique et singulière, sont le résultat du croisement d’innombrables grandes cultures. L’Éthiopie mystérieuse fascinait l’Antiquité. Aujourd’hui, au fur et à mesure qu’elle dévoile ses trésors au monde moderne, le charme agit toujours. Avec une histoire qui remonte a plus de 3 000 ans, une importante part de la culture éthiopienne a été déterminée, au cours des dix-sept derniers siècles, par la foi chrétienne. Si l’art chrétien éthiopien a été assez justement qualifié d’« art byzantin en terre africaine », on y trouve aussi des influences judaïques, islamiques et animistes ainsi que des inspirations perses, indiennes et européennes. La complexité de son histoire et l’enchevêtrement des croisements interculturels qui la caractérisent expliquent peut-être pourquoi l’art chrétien éthiopien est souvent absent des considérations sur l’art africain traditionnel dont il est pourtant une composante fondamentale. S’il remet en question nombre d’idées reçues sur l’Afrique, il n’en est pas moins résolument africain. Il n’y a pas si longtemps, l’art chrétien éthiopien intéressait peu de monde en dehors des Éthiopiens et d’un cercle restreint d’érudits. Aujourd’hui, de grandes institutions comme la National Gallery of Art de Washington, le Metropolitan Museum of Art de New York City, l’Art Institute de Chicago, le Museum of Art de Brooklyn, le Walters Art Museum de Baltimore ou encore l’Israel Museum de Jérusalem mettent à l’honneur leurs collections d’art éthiopien. Grâce à une récente et remarquable coopération entre les départements d’art africain et d’art byzantin du Met, cette richesse africaine captivante est présentée dans des salles d’exposition où se traduit toute la complexité du monde chrétien oriental. En dépit de ces avancées, de nombreux musées, institutions et autres collections privées d’art africain ne possèdent que de rares pièces d’art chrétien éthiopien, quand ils en ont. Et encore ne s’agit-il souvent que de quelques objets de facture récente et de moindre qualité : « À l’ère des voyages sur la Lune, on reste époustouflé par la rapidité du progrès et de la découverte mais on néglige ce qui est à portée de main, c’est impardonnable » écrivait Georg Gerster, en 1966, après avoir vu les magnifiques églises creusées dans la roche de la province éthiopienne du Tigré. Mais on ne peut véritablement comprendre et apprécier ces monuments impressionnants sans une approche de l’esprit qui les a inspirés et des turbulences qui ont marqué l’histoire de ce pays. |


