Magazines - Tribal Art Hiver 2007
Cameroun: art royal
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par Lorenz Homberger, conservateur au département d’art africain du musée Rietberg de Zurich. Deux expositions ont eu lieu cet hiver 2008 au musée Rietberg de Zurich. L’une d’elle, Cameroun – art royal exhibait des chefs-d’œuvre de la région du Grassland, tandis que l’autre, Ernst Ludwig Kirchner et l’art du Cameroun, soulignait l’influence de cet art dans l’œuvre du membre du groupe d’avant-garde Die Brucke. Ces deux événements servent de prétexte à Lorenz Homberger pour livrer, dans son article, les caractéristiques de l’art du Cameroun. Résumé : La région du Cameroun, connue dans la littérature africaniste sous l’appellation de Grassland camerounais — le pays des prairies —, s’étend des vastes forêts pluviales du sud et de l’ouest de la région jusqu’en amont du fleuve Mbam, à la frontière nigériane. Le Grassland camerounais, constitué de hauts plateaux volcaniques, se situe approximativement entre mille et trois mille mètres au-dessus du niveau de la mer et appartient à la ceinture de savanes qui se déploie à travers tout le continent, de l’Atlantique à l’océan Indien. La frontière naturelle entre la forêt et le Grassland délimite non seulement deux zones géographiquement et climatiquement distinctes mais sépare également deux cultures totalement différentes. Dans les forêts vivent surtout de petits groupes de population aux (rares) chefferies faiblement développées, et que l’on classe généralement parmi les sociétés égalitaires et acéphales. Dans le Grassland, en revanche, on trouve des systèmes monarchiques. C’est ici que se trouvent tous les objets connus aujourd’hui en Occident sous l’appellation d’« art du Grassland » : masques anthropomorphes et zoomorphes, tabourets sculptés et piliers de palais ainsi que fourneaux de pipes et cornes à boire richement décorées, parures et vêtements. Ce que l’on nomme art de cour ne représente que le sommet de l’activité artistique officielle. Á l’extérieur des palais, on trouve partout des objets du quotidien — tabourets, récipients divers, instruments de musique… — qui se distinguent moins par leur ornementation que par leur élégante simplicité. Jusque dans les années 1970, historiens d’art et ethnologues s’efforçaient d’associer styles artistiques et groupes ethniques, pensant que chaque groupe avait développé son propre style, immuable. Dans le cas du Grassland camerounais, cette méthode était vouée, dès le départ, à l’échec. En effet, bien avant la création des royaumes, il y a plusieurs siècles, le troc jouait un rôle important dans la région. Ce troc, associé à une tradition d’échanges de cadeaux entre souverains alliés, favorisa l’« exportation » de styles régionaux. Parallèlement, les rois, soucieux de leur prestige, cherchaient à améliorer le niveau des ateliers de leur cour en s’adjoignant le concours d’artistes d’autres régions. La situation complexe du Grassland camerounais, où origine ethnique et style ne sont pas identiques, fut une des raisons qui poussèrent les ethnologues et les historiens d’art à reconsidérer leurs hypothèses sur d’autres régions d’Afrique. Les concepts de frontières bien définies et de conditions immuables, longtemps en cours, en particulier dans les études ethnologiques françaises et anglo-saxonnes, ont cédé la place à des notions de dynamisme et de connexions multiples, aujourd’hui au cœur de la recherche sur l’art africain. |


