par Herbert M. Cole, professeur émérite en Histoire de l'Art à l'University of California de Santa Barbara, consultant pour les Fine Arts Museums of San Francisco.
Introduction:
Charme, esprit et intelligence caractérisent le collectionneur et homme d’affaires sud-africain d’origine italienne Vittorio Meneghelli, aujourd’hui âgé de quatre-vingtquatorze ans. Il vient de publier ses Mémoires dans un ouvrage intitulé Ma vie, ma collection qui met à l’honneur sa vaste collection d’art moderne italien et sud-africain et d’art traditionnel africain. Abondamment illustré, l’ouvrage de quatre cent soixante pages retrace les jeunes années d’artiste de Meneghelli puis celles de collectionneur de peintures et de sculptures modernes italiennes et ses relations amicales avec des artistes des années 1940 tels que Afro Basaldella, Alberto Viani et Giuseppe Santomasso. Vient ensuite le récit de son installation en Afrique du Sud, dans les années 1950, de la création de ses différentes affaires commerciales et de la naissance de son intérêt pour l’art africain.
En 1968, Meneghelli effectue sa première expédition en tant que collectionneur au Mali, en Côte-d’Ivoire et au Ghana. La même année, il fonde les Totem Galleries, dont la quatrième et la plus récente se trouve à Venise. Durant des années, il fut pionnier dans ce domaine, à la fois comme collectionneur et comme seul fournisseur d’art africain en Afrique du Sud. En quarante années d’activité, Il a effectué plus de soixante-douze voyages en Afrique, principalement en Afrique de l’Ouest mais aussi au Cameroun, au Gabon et au Congo, recueillant également une grande quantité d’objets en Afrique du Sud.
Entrepreneur créatif, Meneghelli a toujours été un franc-tireur, n’hésitant jamais à se frayer son propre chemin, par goût personnel mais aussi par nécessité, en particulier durant le régime de l’apartheid, établissant au fil du temps des relations privilégiées avec de très nombreux marchands d’art en Afrique de l’Ouest.
Comme l’exprime l’écrivain et peintre sud-africain Karel Nel : « Meneghelli occupait donc une position étrange et paradoxale, glorifiant le travail d’un continent dans une de ses parties qui dénigrait le plus les valeurs de l’Afrique, l’obligeant à trouver des moyens ingénieux pour rapatrier des pièces de valeur jusqu’à l’état paria du Sud, agissant toujours avec une conviction inébranlable quant à l’importance et à la valeur de son action. »
La publication des Mémoires de Meneghelli et la récente exposition à Venise d’une partie de sa collection ont mis sa vie et sa carrière sous le feu des projecteurs. Plutôt que de redire ce qui a été déjà maintes fois raconté sur l’ampleur et la variété de sa collection, j’ai choisi de présenter ici une série d’objets yoruba d’un grand intérêt esthétique et historique. Conservées en Italie et illustrées dans ses Mémoires, aucune de ces pièces ne figure dans le livre controversé et publié en 2002 à Johannesbourg, Nigerian Art: the Meneghelli Collection.
Si les œuvres choisies pour cet article sont sans doute la « crème » de l’ensemble, elles ne sont que la partie émergée de l’« iceberg yoruba » dans la collecton Meneghelli qui rassemble des exemples de tous les types d’objets yoruba, dont plus de deux cents ibeji et une multitude d’objets perlés, de sceptres shango et autres types de sculptures. La qualité des objets varie, mais l’ensemble forme un groupe représentatif de ce qui était disponible en Afrique durant la période post-coloniale, période au cours de laquelle Meneghelli assembla sa collection. Ils offrent aussi l’occasion de réfléchir aux divers aspects de la culture et de l’art yoruba dont ils sont les témoins.