Magazines - Tribal Art Eté 2007
Ubangi : un creuset aux frontières ouvertes
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Par Jan-Lodewijk Grootaers, anthropologue et commissaire de l'exposition Ubangi et l'éditeur du livre éponyme. |
Résumé :
L’exposition et le livre Ubangi : art et cultures au cœur de l’Afrique (Afrika Museum de Berg-en-Dal, Pays-Bas, du 29 septembre 2007 au 31 mars 2008) étudient les diverses créations artistique de cette région d’Afrique centrale, traversée par la rivière du même nom et située à la croisée entre la République Démocratique du Congo, la République Centrafricaine et la République Populaire du Congo. Au-delà d’une réalité géographique, l’Ubangi conforme également une unité culturelle, regroupant des peuples de langue non bantoue: à l’ouest, les Gbaya et Ngbaka-ma’bo ; au centre, les Banda, Ngbandi, Ngbaka-minagende, Mbanza et Manza ; et à l’est les Belanda, Zande et Nzakara. Pendant des décennies, l’appellation générale « nord du Congo » était utilisée pour qualifier les sculptures provenant de cette région dont, par ailleurs, on savait peu de chose. Ces attributions étaient souvent sans fondement : certaines pièces venaient en réalité de Tanzanie, du Gabon ou même d’Afrique Occidentale. D’autres, par contre, étaient bien des créations ubanguiennes, mais l’absence de frontières ethniques et culturelles claires dans la région rendaient hasardeuse l’identification d’une sculpture donnée à une ethnie particulière. Le manque de recherche ethnologique dans cette contrée a également contribué au mystère de la statuaire de cette région. Outre certaines études scientifiques sur les Nzaraka et les Zande de l’est, ethnologues et historiens de l’art ne disposent que des témoignages imprécis de missionnaires et d’agents coloniaux pour analyser les coutumes et la production artistique de l’Ubangui. L’un des domaines dans lesquels la circulation d’idées et d’objets peut être le mieux illustrée est celui des associations initiatiques. Ces institutions, souvent décriées par les autorités coloniales, et incorrectement considérées comme des « sectes secrètes », demandaient à leurs membres le passage d’un ou plusieurs niveaux d’initiation et pouvaient remplir différentes fonctions : règlement de conflits communautaires, accompagnement moral des adolescents, protection de leurs membres, etc. L’une des associations la plus étudiée est celle du culte mani-yanda des Zande, au cours duquel ils employaient des petites figurines en bois ou en argile aux formes stylisées. Le creuset ubanguien exige une approche innovante en ce qui concerne les emprunts stylistiques et l’idée d’authenticité ; une notion remise en question par l’existence, très tôt, d’une production d’objets commerciaux destinés aux Européens. |


