Résumé :
L’une des difficultés que l’on rencontre dans l’histoire de l’art des Indiens d’Amérique concerne l’interprétation des données provenant des collections du XVIIIème siècle. Les objets conservés sont rares et l’on ne dispose que de peu d’informations sur leur origine et leur signification. Ils fournissent néanmoins des indices sur des styles ressemblants ou tout à fait différents de ceux des pièces documentées du XIXème siècle. La plupart des collections de peaux peintes – généralement des peaux de bison – nord-américaines connues et documentées ayant appartenu à une collection du XVIIIème siècle sont aujourd’hui conservées au musée du quai Branly à Paris. Elles furent transférées en 2003 depuis le musée de l’Homme. Cet article s’attache à l’histoire de ce groupe de peaux du musée du quai Branly et identifie d’autre exemplaires qui appartenaient précédemment au même groupe.
En 1785, vingt-deux ans après que la France ait perdu ses colonies américaines et quatre ans avant la révolution française, le comte d’Artois, frère de Louis XVI, confia au marquis de Sérent la mission de créer une collection d’histoire naturelle à Versailles pour éduquer le dauphin et d’autres membres de l famille royale. Celle-ci était composée d’objets ethnographiques acquis auprès de Denis-Jacques Fayolle, ancien employé du Bureau des colonies d’Amérique. Pendant la Révolution française, la collection De Sérent fut conservée dans une bibliothèque publique créée en 1795 rattachée à une école départementale établie dans le château de Versailles.
Un inventaire sommaire du cabinet d’histoire naturelle dressé en août 1792 par Fayolle, conservateur de la collection, répertorie un total de « trois cent soixante-deux pièces de vêtements, armes et ustensiles utilisés par différents peuples d’Amérique du Nord et du Sud mais aussi d’Inde ». En ce qui concerne précisément les robes, l’inventaire cite « dix-huit tapis de peaux de bœufs illinois (bisons), cerfs et autres quadrupèdes, tous préparés et peints par les Sauvages du Canada et de Louisiane ». En 1869, on ne comptait plus que neuf peaux ; celles-ci firent partie du transfert de 1934 vers le musée d’Ethnographie / musée de l’Homme, où l’une des peaux fut volée en plein jour, le 19 mai 1982. Les huit peaux restantes sont actuellement au musée du quai Branly.
Le fait que parmi les dix-huit robes de Fayolle, huit aient survécu à deux cent cinquante ans de collections, révolution, dispersions et étranges pratiques muséales, est plutôt un bon résultat quand on connaît le sort réservé à bien d’autres ensembles. L’histoire pourrait s’arrêter là si un artiste inconnu n’avait pas réalisé une série de gravures, conservées pour certaines à la Bibliothèque nationale de France, décrivant ces robes et d’autres objets ayant appartenu probablement à la collection de Versailles…