Par Bérénice Geoffroy-Schneiter, rédactrice en chef pour l’Europe de Tribal Art magazine.
Introduction
C’est un drôle de personnage ciselé dans une mosaïque de coquillages qui mérite, à lui seul, que l’on visite l’exposition du musée du quai Branly consacrée aux collections mayas du Guatemala. Le corps dégingandé, les membres atrophiés, le ventre ballonné, les oreilles alourdies par deux pendants de jade, il ne serait
autre, selon les spécialistes, que le « Dieu A », soit le dieu de la mort. Or cette pièce délicate – découverte dans une sépulture de Topoxte, au Petén – faisait par- tie du trousseau funéraire d’un jeune adulte, au beau milieu d’autres artefacts précieux, en os, en pierre ou en coquillage. Illustrant l’une des croyances fondamentales de ce peuple dans une vie future dans l’au-delà, elle atteste aussi avec éclat le raffinement et la virtuosité technique atteints par les Mayas du Classique récent (550-800 apr. J.-C). Et c’est précisément tout le mérite de cette exposition-dossier que de balayer, grâce au prêt exceptionnel de cent soixante-deux objets venus tous du Guatemala, bien des préjugés colportés par les premiers voyageurs européens, bien des clichés accolés par les médias sur ce peuple soi-disant sanguinaire et guerrier. Un constat s’impose : il convient de saluer les immenses progrès accomplis par les archéologues dans ce domaine, puisque l’on recense désormais pas moins de trois mille sites archéologiques officiels répartis entre les territoires du Belize, du Honduras, du Salvador, du Mexique et bien sûr du Guatemala. Dans ce seul pays, vingt-cinq projets de recherche sont ainsi menés chaque année, les fruits de leurs trouvailles venant enrichir régulièrement les collections du Museo Nacional de Arqueología y Etnología du Guatemala.
|