Par Fergus Clunie, ancien directeur du Fiji Museum de Suva.
Introduction Aux îles Fidji, avant l’époque chrétienne, on mangeait normalement avec ses mains. Cependant, des broches, des fourchettes et des pinces faites de feuilles furent utilisées par les prêtres et les chefs pour consommer les offrandes de nourriture faites à un kalou, esprit d’ancêtre déifié ; par ceux qui avaient touché un chef, un corps ou un objet sacré, investi par un esprit ; par des guerriers ayant vaincu des ennemis et conservé leurs corps pour le sacrifier ; par les hommes qui s’occupaient des jeunes garçons circoncis pendant leur étape de transition vers l’âge adulte et par tous ceux concernés directement par la mort, les esprits et la renaissance rituelle. Des ustensiles étaient dans ces cas nécessaires car le contact charnel avec les esprits ancestraux, que ces activités supposaient, faisait de ces hommes des ligatabutabu – interdits de toucher de la nourriture – pendant un certain temps. Cette restriction ne s’étendait généralement pas au-delà de quatre nuits, le temps nécessaire à un corps pour se libérer littéralement de son fantôme.
Outre le cas des prêtres et des chefs qui étaient fréquemment impliqués dans ce genre de rituels, la plupart des fourchettes et autres broches de bois ou de bambou semblent avoir été réalisées pour une occasion précise puis jetées. On connaît peu de choses à leur sujet et seul un nombre restreint est conservé. Un certain type de fourchette fait cependant exception à la règle. Il s’agit d’une fourchette nommée et
conservée précieusement, mais qui était également employée de façon récurrente contre certains lignages spécifiques. On dit aux étrangers qu’elle s’appelait i culanibakola ou i saganibakola : littéralement une fourchette utilisée dans le contexte du sacrifice humain (bakola désignant un ennemi destiné au sacrifice ou à la consommation). Ces « fourchettes cannibales » étaient principalement employées dans les hauteurs, au nord et à l’ouest de Vitilevu, où elles étaient appelées bulutoko.
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