Par Carol Beckwith et Angela Fisher
Introduction
Nous entreprîmes notre premier voyage dans le Sud, le marécage le plus étendu au monde, à la fin des années 1970, pour photographier les populations dinka dans leurs campements pendant la saison sèche au bord du Nil. Elles étaient peu connues à l’époque. Leurs traditions demeuraient inchangées depuis des siècles, insensibles aux influences extérieures, notamment parce que leurs campements étaient si éloignés qu’on ne pouvait les atteindre que quand les eaux qui inondent la plaine du Nil se décidaient à reculer. Les quelques Occidentaux intrépides qui avaient rendu visite aux Dinka avaient décrit ce peuple comme « gentil » ou les avaient qualifiés de « géants fantomatiques », les hommes mesurant plus de deux mètres vingt et recouvrant leur corps de cendre blanche. Ils étaient considérés comme un peuple égalitaire, régi par des codes de conduite très développés, et assurant justice, respect et dignité pour chacun, même leurs ennemis en temps de guerre.
Notre voyage fut difficile. Nous dûmes nous frayer un chemin sans routes ni cartes à travers les marécages et les herbes à éléphants qui nous dépassaient largement. Quand nous trouvâmes finalement un campement dinka, installé dans une clairière au milieu des herbes hautes, nous rencontrâmes des gardiens de troupeaux de grande taille, couverts de cendre, imposants et portant des lances. Hommes et femmes allaient nus, leurs corps ornés simplement de parures et de corsets de perles aux motifs imbriqués. Les Dinka se montrèrent surpris de nous voir, la plupart n’ayant jamais rencontré de Blancs auparavant. Mais ils nous accueillirent autour du feu et nous nous sentîmes vite envahies par la sensation d’harmonie et de joie qui émanait de ces campements où hommes et troupeaux cohabitaient. À cette époque, l’atmosphère était festive, car les jeunes gens se rassemblaient pour se faire la cour en vue de futurs mariages.
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