Magazines - Tribal Art Automne 2007
Secrets : Fétiches d'Afrique
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Propos recueillis par Véronique Petit.
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Résumé:
Photographe, réalisatrice et productrice de films documentaires, Catherine de Clippel a principalement exercé son métier en Afrique de l’Ouest. Coéquipière des anthropologues Marc Augé et Jean-Paul Colleyn, elle a tourné une série de films, depuis le début des années 1980, centrés sur les pratiques animistes en milieu rural et urbain, en Afrique, mais aussi au Brésil et au Venezuela.
« Ces photos ont été prises au Mali et au Togo entre 1980 et 2006 grâce à une longue et étroite collaboration avec l’anthropologue Jean-Paul Colleyn. Le travail avec les anthropologues, la pratique du terrain et beaucoup de patience m’ont permis de “savoir” ce que je photographiais. Dans ces sociétés, les objets sacrés, les fétiches, sont mis en scène dans des rituels qui ont une valeur de “performance”. Ils fonctionnent sur le mode de l’apparition et sont complexes à appréhender. C’est très différent d’un spectacle au sens européen du terme : il n’y a pas de public, seulement des participants. Photographier des mondes “secrets”, “interdits” aux non-initiés, ce n’est pas se saisir de sujets humains ou d’objets fétiches à l’improviste (ou lorsque leur vigilance se relâche), mais c’est être présent, “visible”, au même titre que le chef de culte, les masques, les objets-fétiches, les initiés : chacun à son travail. Mon rôle, c’est de photographier. Ainsi, quand nous revenons sur les lieux, les photos attestent et témoignent de l’engagement des vivants de tisser des liens avec les morts. Les puissances et leurs élans vitaux sont partout présents : dans les masques, les objets, le corps des danseurs. Car tous ces éléments sont consubstantiels. Tous ensemble, ils sont la divinité qui réside dans chacune des parties. Les divinités ne figurent pas l’indestructibilité mais plutôt une tentative de figuration. Elles peuvent s’investir dans des objets : autels, fétiches, arbres, pierres, masques, voire dans des corps humains dont elles prennent possession, mais elles sont toujours ailleurs et partout à la fois. Comme on dit là-bas, si les hommes ont besoin des dieux, les dieux ont besoin des hommes, sans quoi ils ne sont rien. Leur exhibition est une expérience métaphysique qui s’efforce de rendre visible l’invisible. Au préalable il faut que tout le monde soit d’accord sur notre présence.
Ce que j’essaie de saisir à travers les rituels, c’est toute cette société qui agit ensemble, une société très structurée qui se met en scène — souvent avec humour — et cela donne des images qui vont à l’encontre des habituels clichés sur l’Afrique : la misère, la violence, le chaos. »
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