par Louis Perrois
(Introduction)
Bien que beaucoup de masques fang aient été vus et collectés depuis la fin du XIXe siècle, on constate que, dans les collections occidentales, notamment les collections privées, seuls deux ou trois types de ces artefacts ont trouvé grâce aux yeux des amateurs d’art africain : en premier lieu, les fameux masques à visage allongé du ngil, toujours très prisés jadis comme aujourd'hui pour la suavité de leurs courbes stylisées (comme l’atteste encore dernièrement, en juin 2006, le succès de la vente Vérité avec le record atteint par le lot n° 193 à plus de cinq millions d’euros) ; les masques « lunaires » au graphisme épuré que les artistes avaient accrochés aux murs de leurs ateliers au début du XIXe siècle ; enfin, apparus plus tardivement, quelques masques-heaumes à visages multiples du ngontang.
Or, dès lors qu’on collationne un peu systématiquement les informations à propos des masques fang dans la documentation spécialisée et les réserves des musées ethnographiques, on s’aperçoit que la typologie minimaliste évoquée ci-dessus, qui découle plus de la « mode » que de la réalité, se diversifie sensiblement, tant sur le plan des groupes ethniques particuliers et des périodes considérées que des rites au cours desquels ces masques intervenaient.
En effet, la diversité des masques fang existe bel et bien dans les collections et les musées mais on constate qu’elle est paradoxalement quasi ignorée dans les ouvrages et expositions de synthèse. Cet état de fait tient d'abord, comme je le rappelais dans Fang (2006, p. 46), à l’indifférence des collectionneurs pour les réalités du « terrain », doublée, si l'on peut dire, par une méconnaissance des ressources documentaires de la littérature ethnographique pourtant disponible. Ce déficit de curiosité à propos des masques fang, tout au long du XIXe siècle, a conduit, par une tendance récurrente à la simplification des réalités lointaines, à ne considérer comme dignes d’intérêt que les formes les plus spectaculaires et déjà connues de ces masques et, en corollaire, à en ignorer les autres, parfois atypiques et donc plus difficiles à reconnaître et peut-être à apprécier.
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