Par Richard Michael Gramly
(Résumé)
« Pour un temps limité et en un lieu unique nous sommes en présence d’une collection extraordinaire réunie pour la première fois et qui ne le sera peut-être jamais plus ». Ainsi s’exprimait Will Channing, conseil et marchand d’art tribal venu à Paris pour le vernissage de l’exposition Upside Down. Les Arctiques.
Une foule de visiteurs s’est pressée, le 29 septembre dernier, pour admirer trente-neuf vitrines contenant près de cinq cents sculptures miniatures et une série de masques yup’ik d’Alaska prêtés par de prestigieux musées américains, russes, néo-zélandais, européens et, en particulier, par la Rock Foundation de New York. Cet événement est placé sous le commissariat de Edmund « Ted » Carpenter, cinéaste et anthropologue, spécialiste du Canada arctique et de la Sibérie, où il a mené, depuis les années 1950, vingt expéditions ethnologiques et archéologiques.
Conçue comme une promenade sensorielle, la scénographie de l’exposition a été confiée au cabinet Jean de Gastines Architectes et la mise en espace a été imaginée par l’artiste plasticien Doug Wheeler. L’objectif était de restituer l’immensité de l’environnement arctique, en jouant avec la luminosité, l’obscurité, les projections d’images, les jeux d’ombres et les variations de température qui désorientent le visiteur, favorisant ainsi un état de réceptivité totale aux objets exposés.
Pour Carpenter « les Eskimos ont, dans leur art comme dans d’autres aspects de leur vie, perpétué d’une manière ou d’une autre des traditions paléolithiques » (Schuster et Carpenter, 1996, p. 270). Dans cette perspective, il n’est pas surprenant de trouver dans l’exposition un ensemble de masques modernes yup’ik en bois polychromes — « modernes » en opposition avec le terme archéologique — visibles à travers des fenêtres qui sont situées à la hauteur des visiteurs à la sortie de l’exposition.
Il s’agit de créations fragiles collectées au XIXe siècle, d’un symbolisme complexe souvent difficile à pénétrer. Ces masques étaient fabriqués pour être utilisés lors de chants ou de danses, puis détruits pour la plupart. Parmi la quinzaine d’exemplaires exposés, on connaît l’histoire et la signification de certains, comme celui représentant un rat musqué de la rivière Kuskokwim d'Alaska, qui a été documenté par Adam H. Twitchell (Carpenter, 2005, p. 60). Des exemplaires plus étranges encore ont inspiré les artistes surréalistes qui voyaient dans ces visages distordus et divisés l’expression d’une pensée intérieure ou du subconscient.
Bien que considérés, ici, comme des documents ethnologiques, ces masques qui flottent dans leur vitrine nous font une forte impression par leur variété et leur puissance d’évocation.
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